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Le temps

  • cedricdemylo
  • il y a 12 minutes
  • 2 min de lecture

J'avais quatorze ans lorsque j'ai vu Molière, le film d'Ariane Mnouchkine.

Je pourrais presque dire que je ne l'ai pas seulement vu. Je l'ai senti.

Des décennies plus tard, il me reste encore les odeurs putrides du Paris de l'époque, le grand air des paysages du Larzac, si familiers, où furent tournées certaines scènes, la cire des bougies éclairant le théâtre... Étrange pouvoir du cinéma : certaines images s'effacent presque aussitôt, d'autres vous accompagnent toute une vie.

Il en est une qui ne m'a jamais quitté. Molière vient d'être pris d'un malaise pendant une représentation du Malade imaginaire. Ses amis le ramènent chez lui et tentent de lui faire gravir l'escalier. Mais ils n'avancent plus. Ils montent et, pourtant, semblent faire du sur-place. Comme si les marches se dérobaient sous leurs pieds. Comme si le temps lui-même refusait de les laisser arriver.

Bien des années plus tard, en écrivant Loïc, l'autre garçon, cette scène est revenue me visiter.

Loïc fait une course à vélo avec son copain Lucas. Il pédale. Il donne tout ce qu'il peut. Pourtant, il a l'impression que la route s'étire un peu plus devant lui. Plus il avance, plus son objectif semble s'éloigner. J'ai voulu ce clin d'œil à Molière. Mais peut-être ai-je compris après l'avoir écrit qu'il racontait aussi quelque chose de mon propre rapport au temps.

Ces deux scènes peuvent être interprétées de bien des manières. Elles peuvent dire l'impuissance, l'épuisement, l'inéluctable. Cette sensation terrible de savoir qu'une échéance nous attend et que, quoi que nous fassions, nous finirons par l'atteindre.

Moi, j'ai envie d'y voir autre chose. Tant que l'objectif n'est pas atteint, il reste du temps. Et tant qu'il reste du temps, il reste de l'espoir. Donc de la vie.

Continuer à gravir les marches. Continuer à pédaler. Même lorsque l'escalier paraît interminable. Même lorsque la route s'allonge devant nous.

Évidemment, je ne suis pas dupe. La marche finira bien par être gravie. La ligne d'arrivée sera franchie. Ce n'est peut-être, finalement, qu'une manière de retarder l'échéance.

Mais n'est-ce pas précisément cela, vivre ?


 
 
 

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