Stéphane et pause-café #1
- cedricdemylo
- 25 mai
- 3 min de lecture

Aujourd’hui, c’est mercredi. J’ai tout mon temps. La lumière matinale inonde la terrasse de notre café habituel, et j'attends Stéphane. Ce lecteur de la première heure, qui a la bonne idée d'habiter la même ville que moi, est devenu au fil du temps un véritable ami. Autour de nos tasses fumantes, il a gentiment accepté de se prêter au jeu de l'interview informelle pour faire le point sur mes projets en cours.
Après quelques digressions à bâtons rompus sur le quotidien, le tintement des cuillères marque le début des choses sérieuses. Stéphane pose ses coudes sur la petite table ronde, l'œil pétillant de curiosité.
— Alors, où en es-tu avec ce fameux chapitre 30 du tome 2 des Garçons de Varennes ? Tu m'as dit la semaine dernière que tu pataugeais un peu pour boucler un tableau.
— C'est exactement ça, je lui réponds en réchauffant mes mains contre ma tasse. Le défi de ce chapitre, c'est qu'il repose sur une scène intime entre Belle-Épine et Gilles. Sur le papier, le lecteur s'attend forcément à une dynamique très précise, jouée d’avance en quelque sorte…
— Et je parie que tu as décidé de faire tout l'inverse ? sourit Stéphane, qui commence à bien connaître mes ficelles.
— Exactement ! A ce moment précis de l’histoire, il fallait déjouer les clichés. Prends un personnage taillé dans le roc, un vrai « mâle alpha » de son époque, habitué à tout contrôler, à protéger, à dominer...
Stéphane m'écoute attentivement, sa tasse suspendue en l'air.
— Eh bien, dans cette scène, par amour, il accepte de baisser la garde. Il consent à bouleverser tous les codes qui le définissent habituellement. Il se rend délibérément vulnérable et laisse l'autre prendre l'ascendant. Ce n'est pas une faiblesse de sa part, c'est un abandon total, une preuve d'amour absolue.
— J'imagine que ça doit créer une sacrée tension...
— C'est tout l'enjeu ! Ce décalage crée un vertige, une friction intime très forte. Ce ne sont plus seulement deux corps qui se retrouvent, ce sont deux êtres qui redéfinissent les règles de leur relation. Tordre ce tableau pour que cet abandon reste crédible, sans dénaturer le tempérament profond de ce personnage masculin, m'a demandé une précision d'horloger.
Stéphane hoche la tête, fasciné par cette cuisine interne. Je poursuis :
— J’ai failli tomber dans un piège en peaufinant l'ambiance de cette fameuse scène.
Je lui raconte alors ma mésaventure lexicale, le genre de détail invisible pour le lecteur mais qui fait les sueurs froides de l'auteur de roman historique. Pour décrire la tension nerveuse extrême de l'un des personnages face à cette intimité inattendue, j'avais écrit qu'il réagissait sous le coup de « l'adrénaline ». Le mot claquait bien, il traduisait parfaitement cet état d'alerte. Soudain, le doute. Une petite vérification m'a confirmé que l'hormone n'a été isolée et nommée qu'en 1901 ! L'utiliser sous l'Ancien Régime aurait été un anachronisme fatal. J'ai dû fouiller pour trouver l'expression juste…
— Comme quoi, l'ennemi de l'écrivain, ce n'est pas la page blanche, c'est le dictionnaire ! conclut Stéphane en finissant son expresso.
Stéphane a jeté un coup d'œil à sa montre, signalant la fin de notre première pause-café. Nous avons réglé l'addition en nous promettant de remettre ça très vite pour parler d’autres projets.
Et vous, chers lecteurs, qu'auriez-vous demandé à ma place ? Si vous deviez vous asseoir à notre table la semaine prochaine, de quel aspect de l'écriture ou de quel personnage aimeriez-vous que l'on discute ? Dites-le-moi dans les commentaires, Stéphane se fera un plaisir de me cuisiner pour vous !
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